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 Le non-être

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Voyageur
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   Posté le 12-07-2012 à 00:07:18   Voir le profil de Voyageur (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Voyageur   

J'ouvre ici un travail autour du concept de "non-être". J'ai lu sur le forum plusieurs demandes en vue d'un éclaircissement du concept. J'espère que vos collaborations apporteront de nouveaux éclairages à cet oxymore. Je ne me présente pas comme "expert" de ces courants. Je compte sur Atil, Tao le roi et Siegfried pour confirmer mon propos.


Le non-être dans la pensée orientale


Dans le Tao Te King , la notion de Non-Être est centrale. Être ( Yeou/You ) et Non-Être ( Wou/ Wu ) sont deux aspects de la réalité sensible. Ils s'engendrent mutuellement car ils se présentent comme le couple antinomique absence/présence.


Tao Te King a écrit :

Chapitre 2
Tous dans le monde reconnaissent le beau comme beau ; ainsi est admis le laid. Tous reconnaissent le bien comme bien ; ainsi est admis le non-bien. En effet : l'Être et le Non-être s'enfantent l'un l'autre [...].

Chapitre 11
On a beau réunir trente rais dans un moyeu, l'utilité de la voiture dépend de ce qui n'y est pas. On a beau mouler l'argile pour faire de la vaisselle, l'utilité de la vaisselle dépend de ce qui n'y est pas. On a beau percer des portes et des fenêtres pour faire une maison, l'utilité de la maison dépend de ce qui n'y est pas. Ainsi, tirant avantage de ce qui est, on se sert de ce qui n'y est pas.

Chapitre 40
Le retour au non-être est le mouvement de la Voie. La faiblesse est la méthode de la Voie. Le ciel et la terre et les dix mille êtres sont issus de l'Être ; l'Être est issu du Non-être.



Dans la pensée hindou, le non-être ( asat ) est l'absence de l'être ( sat ). Ces deux définissent des états cosmogoniques.


Citation :

Rig-Veda, 10, 129
4. Au commencement Cela qui était la semence première de la Pensée se mua en Désir : les sages cherchant en leur cœur découvrirent intuitivement que le lien de l'être se situait dans le non-être.

Mânava dharma çâstra, Livre 1, 14
De lui-même il (Brahman) tira l'Esprit, renfermant en soi l'être et le non-être, et de l'Esprit il tira le sentiment du moi qui a conscience de la personnalité et qui est maître ;

Taittiriya Upanishad 2, 6, 1
Quiconque connaît Brahman comme non-existant, devient lui-même non-existant. Mais quiconque connaît Brahman comme réellement existant, alors il est lui-même réellement existant, et comme tel on le considère.

Taittiriya Upanishad 2, 7, 1
À l'origine, tout ceci qui nous entoure n'était que le Non-manifesté, Brahman. De cela, émergea le manifesté. Oui, Brahman se créa lui-même, au moyen de lui-même ! Aussi l'appelle-t-on l'Auto-engendré.

Brihadaranyaka Upanishad 1, 3, 28
Conduis-moi du non-être à l'être
Conduis-moi de l'obscurité à la lumière
Conduis-moi de la mort à l'immortalité



Dans les œuvres d'Arnaud Desjardins, on trouve un double sens au concept de Non-être. Dans la continuité de l'hindouisme, le non-être s'oppose à l'être. Ces deux sont dépassés par le "Je suis", qui n'appartient pas à la dualité. En lien avec la méditation et le bouddhisme, le non-être est également présenté comme l'état d'effacement, d'acceptation, de non-conflit à atteindre.


Arnaud Desjardins a écrit :

In Les chemins de la sagesse
Le sage est établi en amont de tout ce que nous pouvons concevoir, au-delà de la distinction entre être et non-être, dans le pur « Je suis » non qualifié qui n'a pas de contraire. Mais, pour en arriver là, l'homme doit passer par toute une gradation de niveaux d'être qualifiés : « Je suis quelque chose. » C'est ce « quelque chose » qui se transforme, qui croît, qui s'agrandit jusqu'à devenir illimité, donc à disparaître. Alors, quand l'Absolu, le « Sois » (atman) n'est plus limité par une forme ou une enveloppe, aussi subtile soit-elle, il se révèle pour ce qu'il est dans l'éternel présent : inifini.

In Approches de la Méditation
La méditation n'est même plus une recherche : le silence, un silence de plus en plus profond intérieurement. Mettant l'accent non plus sur la présence à soi-même mais sur l'effacement de soi-même, certains bouddhistes ont même employé l'expression de non-être : au-delà de l'être, ne plus être. [...] Non-être, voilà qui est surprenant, parce que l'affirmation positive est au cœur de la terminologie védantique : « je suis », « ajam asmi », en sanscrit. Même plus « être ». Être, dans ce sens-là, s'avère encore une manifestation du moi individualisé, de l'ego, du mental. [...] Si le « je suis » individualisé s'efface, subsiste alors ce qu'on a appelé supra-conscience, « nirvikalpa samadhi », « shunyata ».



Edité le 12-07-2012 à 00:42:54 par Voyageur




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Voyageur
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   Posté le 12-07-2012 à 00:39:09   Voir le profil de Voyageur (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Voyageur   

René Guénon a écrit :

In Les états multiples de l'être

[...] En dehors de l'Être, il a donc tout le reste, c'est-à-dire toutes les possibilités de non-manifestation, avec les possibilités de manifestation elles-mêmes en tant qu'elles sont à l'état non-manifesté ; et l'Être lui-même s'y trouve inclus, car, ne pouvant appartenir à la manifestation, puisqu'il en est le principe, il est lui-même non manifesté.

[...] Dans le non-être, il ne peut pas être question d'une multiplicité d'états, puisque c'est essentiellement le domaine de l'indifférencié et même de l'inconditionné : l'inconditionné ne peut pas être soumis aux déterminations de l'un et du multiple, et l'indifférencié ne peut pas exister en mode distinctif.

[...] Dans le non-être, il n'y a pas de multiplicité, et, en toute rigueur, il n'y a pas non plus d'unité, car le non-être est le Zéro métaphysique, auquel nous sommes obligé de donner un nom pour en parler, et qui est logiquement antérieur à l'unité.



Edité le 12-07-2012 à 00:42:28 par Voyageur




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Sieg
:)
Sieg
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   Posté le 13-07-2012 à 22:26:30   Voir le profil de Sieg (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Sieg   

Salut voyageur,

Tout d'abord, un petit bmol concernant le Brihadaranyaka Upanishad 1, 3, 28. Il y a une incohérence dans ton explication, entre les points de vue taoïste, celui des Védas (à ne pas confondre avec l'approche védantique) et la maxime Upanishad (Vedanta). Ces maximes sont opposés par rapport à ton explication d'avant où tu tentes de dire que pour s'éveiller, cad trouver sa véritable nature, il faudrait aller vers le non-être, alors que dans la maxime de cet Upanishad il faut d'abord partir du non-être pour aller vers l'être. L'incohérence provient de la définition du non-être qui n'est pas la même dans les deux cas.

Dans l'explication, ce non-être est utilisé comme l'état de présence en arrière plan, or dans l'Upanishad quand il dit "conduis moi du non-être à l'être" il dit en substance ceci : conduis moi de la non-connaissance de moi-même (absence de présence) à la connaissance de moi-même (présence d'absence).
Dans le Vedanta, le terme d'obscurité fait référence à l'ignorance de l'être humain emporté par son mental, raison pour laquelle cette idée est si chère à Arnaud Desjardins puisque tout son enseignement est de passer de l'état où l'on est emporté par les pensées à celui où l'on est unifié entièrement. Tout le travail spirituel consiste à passer de cet état emporté, sans répondant, à l'état de vigilance intérieure, non emporté et unifié.

Pendant que j'y suis, je te conseille la lecture de Jean Klein, un maitre védantique français, qui explique d'une autre manière, à mon goût de manière plus claire, ces deux concepts d'être et de non-être.
Pour cela, il utilise l'image d'une pièce avec un tableau accroché au mur que tu as l'habitude de voir, puis tu quittes la pièce pour y re-rentrer plus tard, mais quand tu y re-rentres le tableau n'est plus accroché au mur.
Ayant en mémoire ce que la pièce devrait être (mur dont tableau accroché au mur), tu vois le même mur mais cette fois tu vois l'absence de tableau.
Quelqu'un qui n'aurait pas le même référentiel, qui ne connaît pas cette pièce, qui n'y à jamais été ne verra que le mur nu, il ne verra pas l'absence de tableau.
Cet exemple montre que le tableau (être) et l'absence de tableau (non-être) sont deux phénomènes dépendants de la mémoire (donc du mental) et que par conséquent le non-être ne peut pas représenter la réalité (notre véritable nature, totalement indépendante, et antérieure à tout concept). La réalité c'est juste le mur tel qu'il est dans l'instant. Voilà en résumé.

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Pas de sainteté, rien de sacré
Voyageur
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   Posté le 14-07-2012 à 11:20:51   Voir le profil de Voyageur (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Voyageur   

Salut Siegfried.

Les Upanishad auxquelles j'ai eu accès nomment le Non-être dans un contexte cosmogonique. Dans ces récits, l'Être est souvent précédé du Non-être. Comme dans beaucoup d'autres cosmogonies où la matière nait du néant, l'ordre du chaos, etc.

Je pense que l'humain doit mourir symboliquement pour mieux renaître. Dans mes propos, l'état de Non-être représente cette mort symbolique : "Je ne suis plus qui je suis" pour devenir "celui qui est". Dit autrement, je passe d'un état où je suis ce que je représente (ma fonction sociale) à celui que je suis (fonction). Je pense que l'état de Non-être est transitoire et pas un point d'arrivée.

Mais je ne prétend pas détenir la vérité. Ce pourquoi j'avais soumis la phrase à ton jugement :
Voyageur a écrit :

Ne doit-il pas expérimenter le non-être pour comprendre véritablement qui il est/qu'il Est ?



Edité le 14-07-2012 à 11:22:10 par Voyageur




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Voyageur
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   Posté le 14-07-2012 à 11:43:16   Voir le profil de Voyageur (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Voyageur   

Citation :

Pour cela, il utilise l'image d'une pièce avec un tableau accroché au mur que tu as l'habitude de voir, puis tu quittes la pièce pour y re-rentrer plus tard, mais quand tu y re-rentres le tableau n'est plus accroché au mur.

Ayant en mémoire ce que la pièce devrait être (mur dont tableau accroché au mur), tu vois le même mur mais cette fois tu vois l'absence de tableau.
Quelqu'un qui n'aurait pas le même référentiel, qui ne connaît pas cette pièce, qui n'y à jamais été ne verra que le mur nu, il ne verra pas l'absence de tableau.

Cet exemple montre que le tableau (être) et l'absence de tableau (non-être) sont deux phénomènes dépendants de la mémoire (donc du mental) et que par conséquent le non-être ne peut pas représenter la réalité (notre véritable nature, totalement indépendante, et antérieure à tout concept). La réalité c'est juste le mur tel qu'il est dans l'instant. Voilà en résumé.


L'exemple est intéressant. J'aimerais l'utiliser pour mon développement.

J'entre à nouveau dans la pièce, le tableau n'est plus accroché au mur.
Je ne reconnais plus mon mur, il n'est plus comme il "devrait être".
Pourtant, le mur n'a pas changé.
Ce n'est que ma représentation du mur qui a changé.
Ce mur est devenu "un" mur. Il est indifférencié.
Je ne peux plus identifier le mur à l'aide du tableau.
Le mur cesse de devenir "mon" mur.
Celui que j'ai imaginé, celui que je me représente en son absence.
Ce n'est plus qu'un mur parmi les autres de la pièce.
Il ne portent pas de tableau.
Il n'est plus que ce qu'il est, dépouillé de ce qui le différenciait.
Ce mur là est le vrai mur.
Il n'est pas le mur tel que je veux le voir, mon mur.
Même si le mur est le vrai mur, il va changer.
Il va vieillir, se fissurer, subir l'infiltration de l'eau, etc.
Le mur n'est pas ce qu'il a été.
Le mur n'est pas ce qu'il sera.
La réalité est donc le mur te qu'il est dans l'instant, sous sa forme indifférenciée.


Dans ce développement, le mur est à l'image de la représentation que l'on a de soi-même. L'état de Non-être, l'absence d'identification, de différenciation, permet de percevoir la vérité sur soi-même.


Edité le 14-07-2012 à 11:51:18 par Voyageur




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martiko
dieu, le vrai! certifié France
martiko
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   Posté le 14-07-2012 à 14:06:28   Voir le profil de martiko (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à martiko   

Voyageur a écrit :

Citation :

Pour cela, il utilise l'image d'une pièce avec un tableau accroché au mur que tu as l'habitude de voir, puis tu quittes la pièce pour y re-rentrer plus tard, mais quand tu y re-rentres le tableau n'est plus accroché au mur.

Ayant en mémoire ce que la pièce devrait être (mur dont tableau accroché au mur), tu vois le même mur mais cette fois tu vois l'absence de tableau.
Quelqu'un qui n'aurait pas le même référentiel, qui ne connaît pas cette pièce, qui n'y à jamais été ne verra que le mur nu, il ne verra pas l'absence de tableau.

Cet exemple montre que le tableau (être) et l'absence de tableau (non-être) sont deux phénomènes dépendants de la mémoire (donc du mental) et que par conséquent le non-être ne peut pas représenter la réalité (notre véritable nature, totalement indépendante, et antérieure à tout concept). La réalité c'est juste le mur tel qu'il est dans l'instant. Voilà en résumé.


L'exemple est intéressant. J'aimerais l'utiliser pour mon développement.

J'entre à nouveau dans la pièce, le tableau n'est plus accroché au mur.
Je ne reconnais plus mon mur, il n'est plus comme il "devrait être".
Pourtant, le mur n'a pas changé.
Ce n'est que ma représentation du mur qui a changé.
Ce mur est devenu "un" mur. Il est indifférencié.
Je ne peux plus identifier le mur à l'aide du tableau.
Le mur cesse de devenir "mon" mur.
Celui que j'ai imaginé, celui que je me représente en son absence.
Ce n'est plus qu'un mur parmi les autres de la pièce.
Il ne portent pas de tableau.
Il n'est plus que ce qu'il est, dépouillé ...........................


Tu as eu la visite des huissiers ?
Ne t'inquiètes pas la prochaine fois ils t'enlèveront aussi les murs !


Edité le 14-07-2012 à 14:07:58 par martiko




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aime la littératures
Voyageur
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   Posté le 14-07-2012 à 16:11:17   Voir le profil de Voyageur (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Voyageur   



Avez-vous une remarque concernant le développement? Puisque vous semblez l'avoir lu.


Edité le 14-07-2012 à 16:11:31 par Voyageur




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Antitheme
Les meilleures choses ont une fin.
Antitheme
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   Posté le 17-07-2012 à 20:23:51   Voir le profil de Antitheme (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Antitheme   

Il n'y a pas de suite logique dans vos propos. Il y a beaucoup pseudo-connaissance et de pédantisme. Parfois vous affirmez que le non-être précede l'être, et tout de suite après vous dites le contraire, un peu comme Milie, en utilisant des phrases ronflantes et spécieuses.

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Ce qui se conçoit bien s'énonce clairement, et les mots pour le dire arrivent aisement. La Corneille Boileau à la Fontaine.

Anti-Thème.
Voyageur
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   Posté le 17-07-2012 à 22:00:33   Voir le profil de Voyageur (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Voyageur   

Antitheme a écrit :

Il n'y a pas de suite logique dans vos propos.


Effectivement.

Le but premier du sujet était de répondre aux demandes répétées d'Atil envers Tao afin qu'il définisse le terme "Non-être".

Dans le post initial, j'ai proposé plusieurs sources qui mentionnent le terme. Les sources ne s'accordent pas toutes sur le sens à lui donner ou/et l'emploient dans d'autres contextes. Là est la "contradiction".

J'ai mis en évidence deux emplois principaux : dans un contexte cosmogonique et dans un contexte méditatif.

Suivant la tradition sur laquelle on s'appuie, le terme "Non-être" a un sens précis. On peut même dire que chaque traducteur/commentateur lui donne une direction nouvelle. J'ai indiqué que :
- dans le Tao, Non-être est un des aspects de la réalité sensible ;
- dans la pensée hindou, Non-être est une étape de la création ;
- dans les œuvres d'Arnaud Desjardins, Non-être est avant "Je suis" ou Non-être est au terme du travail méditatif.

Lorsque j'ai posé mon avis personnel, je l'ai introduit par "je pense". Dans le développement qui m'appartient, je ne vois aucune contradiction.

Je fais l'impasse sur le reste, qui vous appartient.

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Sieg
:)
Sieg
509 messages postés
   Posté le 17-07-2012 à 23:56:08   Voir le profil de Sieg (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Sieg   

Salut Voyageur,

Oui globalement mais je me permet de mettre un dièse (et pas un bémol cette fois). En fait, notre véritable nature est antérieure à tout concept, car le concept ( nom + forme ) crée la différentiation, la fragmentation. Quand on n'appose aucun nom on ne sépare pas. Comme "je suis" est le concept racine (voir enseignement de Nisargadatta), ce qui crée la fragmentation, si je suis alors tu es, mais si "je" n'est pas alors "tu" encore moins.
On est antérieur au je suis, et tout concept qui en découle, en dépend, donc évidemment le non-être en dépend. Car si tu es conscient du non être c'est bien que tu es là antérieur à lui pour t'en apercevoir et définir cet état ainsi, et que donc le non-être n'est pas un état indépendant de la conscience "je suis".
Nisargadatta précise bien que, même "je suis", la conscience de la conscience, il ne l'est pas. Et que notre nature véritable "conscience impersonnelle non manifestée" ne peut pas être connue mais juste vécue. On ne peut pas en revenir avec une "connaissance" car cela impliquerait une séparation sujet-objet, or notre veritable nature ne pourra jamais s'objetiser.

Pour pousser le raisonnement, je ne pense pas non plus que cela soit le but fini de notre existence. Lorsqu'on parle de sat-chit-ananda dans le Vedanta, il y a bien la joie de la conscience des deux pôles : l'être et la conscience. Donc c'est vivre là dans cette existence, la conscience des deux pôles, la vision globale (passant par la présence à l'Etre), et la vision relative passant par ce fragment choisi d'incarnation qui n'a qu'un point de vue. Si on reprend l'exemple du tableau, il y aurait une joie de voir le tableau d'une facon globale et entière, mais aussi une joie de le voir sous un certain angle, puis un autre, puis un autre. D'où le fait que quand on se place au niveau du fragment, il n'y ait que des vérités, et non une vérité, et cela est en soi une richesse.
En ce sens, bcp de cherchants spirituels visent la réalisation du Soi, croyant à un aboutissement, mais c'est une fuite de leur incarnation, or notre nature est à la fois avec attribut et sans attribut, le tout et le rien, et tout est à vivre, et c'est cette compréhension qui apporte compréhension, amour inconditionnel et béatitude, car toute forme d'expression de la Vie est moi sous une autre forme vivant une autre expérience, l'expérimentaton du "je suis".
C'est ce que Nisargadatta expliquait quand il disait : quand je vois en moi il y a rien et c'est la sagesse, et quand je vois à l'extérieur de moi il y a tout et c'est l'amour.

A la prochaine.

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Pas de sainteté, rien de sacré
Voyageur
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   Posté le 18-07-2012 à 08:14:03   Voir le profil de Voyageur (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Voyageur   

Bonjour Sieg,

Je commencerai par vous remercier chaleureusement pour vos interventions. Elles sont d'une grande clarté et reflètent l'état d'équilibre que vous avez acquis. Elles tranchent la chair comme l'épée double. Votre développement ne souffre d'aucune faille. Il contraste avec la mesquinerie ambiante.

Comme je l'ai déjà dis, la tradition à laquelle je me rattache présente le Non-être comme une expérience furtive, un état transitoire, une demeure dans laquelle il m'est impossible de m'endormir. Je ne saurais me laisser glisser entièrement dans cette eau froide. Toujours, je m'agrippe au bord, pour me permettre de remonter avant d'étouffer. Si vous parvenez à lâcher prise dans le Non-être, je vous béni. Mon égo est trop dominant pour y arriver.

Il m'est plus agréable de voir le Non-être comme participant à la conscience des deux pôles ; à la fois conscience et inconscience, présence et absence, être et non-être, vie et mort. Peut-on dire qu'il participerait ainsi au troisième œil, la vision unifiée ?

Être, Non-être, Tout - se rejoindraient en une seule expérience. C'est certainement une autre façon de dire « vivre dans le présent » en pleine conscience de ce qui m'entoure. Cependant, je crois à nouveau que l'accès à cette unification est furtive. Le feu de Prométhée se consume vite. Il faut sans cesse veiller, sans cesse l'alimenter. C'est une œuvre harassante de maintenir, de sa propre volonté, le feu qui vient d'En-haut. La vision unifiée ne m'a pas été donnée. Je sais le travail que cela impliquerait pour la maintenir constamment.

Je préfère marcher sur le chemin du soi évènementiel. Par facilité et par amour. Par facilité car le chemin a été aplani. Par amour car je précède mon Père. Le cœur ardent, je recherche un sentiment d'autrefois, que j'avais oublié. Sur la route, mon cœur reconnaît certains jalons. Il sait qu'il rentre chez lui. Quant retourné à lui-même, il sera plénitude, il pourra s'endormir en paix.


En guise de remerciement :

Taittiriya upanishad a écrit :

Chapitre VI : Méditation sur Brahman
I-VI-1-2:

Dans la caverne du cœur, se tient cette Entité, immortelle, émettant une lumière radieuse, que nous devons réaliser au moyen de la Connaissance.

Quant à cette chose qui pend au fond du palais comme une tétine [sic!], c'est à travers elle que court le sentier vers Brahman ; lorsqu'il atteint la raie de la chevelure, il la traverse en séparant le cerveau en deux hémisphères.

L'aspirant qui a suivi ce sentier est capable de se tenir fermement dans le Feu, représenté par le Vyahriti Bhuh ; dans l'Air, représenté par le Vyahriti Bhuvah ; dans le Soleil, représenté par le Vyahriti Suvah ; en Brahman, représenté par le Vyahriti Maha. Il a acquis, en ce qui le concerne, une souveraine indépendance ; il a atteint à la maîtrise de son mental et tient fermement les rênes de ses discours, de ses regards, de son écoute, de son étude. Et par-dessus tout, il devient Brahman, qui s'est incarné dans l'Akasha (cf. shloka I-iii-1), identique dans le grossier comme dans le subtil, ayant la Vérité comme nature authentique, se manifestant dans la vie sous toutes ses formes, Lui qui est source de félicité pour l'esprit entré en Sa possession, Lui qui est riche et possède la paix intégrale et l'immortalité.

C'est ainsi, ô Prachinayogya, que tu dois méditer sur Lui.



Edité le 18-07-2012 à 08:24:14 par Voyageur




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Sieg
:)
Sieg
509 messages postés
   Posté le 18-07-2012 à 09:58:30   Voir le profil de Sieg (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Sieg   

C'est de l'esprit dual et dialectique qu'il faut se libérer. On est attaché à celui-ci car on estime qu'il est notre mode normal de fonctionnement et on estime qu'on ne pourra jamais s'en libérer à 100%, mais ceci est faux.
Dans la méditation, on accentue sur l'importance du corps plus que sur les pensées qui gambadent, et vient un moment où si on s'abandonne au corps, à sa respiration, il apparait alors "le corps respire" et non plus "je respire". En poursuivant cette expérience, vient un abandon des modes ordinaires de la pensée qui s'avèrent incomplètes et sans intérêt sur l'instant. Jaillit alors cette pensée de la non-pensée, libre et sans attachements, sans désirs, joie tranquille, qui ne stagne sur rien, sans substance. Le présent est alors non plus le contenu de ce qui s'y déroule mais l'espace dans lequel cela se déroule.

Ce qui est en cause ne sont pas les efforts pour se maintenir dans cet état, mais plutôt l'image de soi qu'on cherche à entretenir.
L'image de soi est créée à chaque instant comme une défense à notre propre fin, on a peur de la mort, on a peur d'être jugés, on se protège comme on peut avec les outils dont on dispose, en l'occurrence ici conceptuels, lexicaux, mais il n'y a aucune image de soi à entretenir car entretenir une image de soi coûte de l'énergie, et la légèreté de l'être se passe d'une telle dépense inutile. Tu peut sans grande difficulté te rendre compte que le passé se consume à chaque instant, et que ça demande beaucoup d'énergie pour maintenir une image de soi (qui s'adapte à chaque instant et qui persiste dans le temps !), on fige par la mémoire un flux fragmenté qu'on baptise "conscience personnelle", mais qui n'a rien à voir avec ce que l'on est réellement.
Ce que l'on conçoit et qu'on entretient (par exemple nos peurs, nos schémas et modes de pensées habituels, nos identifications) a toujours un temps de retard par rapport à ce que l'on perçoit, entre le fait de voir et de dire "j'ai vu" il y a un temps qui s'est écoulé, les deux ne peuvent être simultanés, par conséquent, ce que l'on conçoit de nous-même n'est jamais nous-même à l'instant t où cela est perçu. On a du coup beaucoup de mal à comprendra la nature de la réalité car, de par nos constructions mentales et conceptuelles, on aura toujours un temps de retard par rapport à la perception directe de la réalité. Il faut juste prendre conscience que l'image de soi n'est qu'une fiction, un intermédiaire entre la réalité perçue et celui qui la perçoit directement.

A la prochaine.

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Pas de sainteté, rien de sacré
TaoTheKing
Citoyen du monde
TaoTheKing
6711 messages postés
   Posté le 18-07-2012 à 11:17:52   Voir le profil de TaoTheKing (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à TaoTheKing   

mdr.

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J'ai dit !
spyro
Maitre apprenti a vie
spyro
242 messages postés
   Posté le 18-07-2012 à 20:20:33   Voir le profil de spyro (Offline)   Répondre à ce message   http://www.politiquesocial.fr.ht   Envoyer un message privé à spyro   

Se degager de la realiter dans le refuge du non etre!!!
Fumer,boire,mediter

Faire le vide en soi,s oublier en quelque sorte,renier se qui nous entour!!
Ignorance,denie

Accorder son etre a l inexistence,et accord parfait de l obscurité a la lumiere,
Des reve au reveil

L image au neant,accepter l infiniter du soi et la grandeur du tout
De la mort a la vie

Les contraires,a une solution,faire le jeu des homme
Devinir grace a un concept une idee une voie

Des rire aux larmes du passé éteint au present present
Voir l avenir se construire du rien de tout

Voir tout d un rien et rien du tout.
Passer les heure a fuire un quart d heure



Apprendre,comprendre entreprendre

--------------------
Quand le tonerre gronde,l oreille vibre
TaoTheKing
Citoyen du monde
TaoTheKing
6711 messages postés
   Posté le 18-07-2012 à 20:46:57   Voir le profil de TaoTheKing (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à TaoTheKing   

Pour la centième fois:

Le non être suppose l'effacement de l'ego afin de permettre l'écoute de l'être intérieur, intuitif, seul à même d'appréhender la globalité au-delà des mots. Cet état est la clé de la Simplicité originelle, de la Vérité.

Le non être, c'est comme le vide de la tasse ou du verre. Ce qui en fait l'utilité.
Un verre plein ne sert à rien.

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J'ai dit !
Voyageur
Voyageur
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   Posté le 18-07-2012 à 21:32:06   Voir le profil de Voyageur (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Voyageur   

Bonsoir Siegfried,


J'ai bien lu ce que vous indiquez. Votre démarche ne diffère pas beaucoup de la mienne. Je fais le point sur les quelques thèmes que vous abordez :

- Se réaliser, ce n'est pas se tromper soi-même. Lorsque la persona (l'image de soi) tombe, c'est là que l'on découvre vraiment qui on est. Mais pour moi, une "conscience personnelle" existe réellement derrière le masque social.

- Ce n'est pas de dépasser la dualité qui est épuisant. C'est d'avoir une vision duale et une vision unifiée en même temps. Avoir conscience de tout, tout le temps, est une œuvre titanesque. La conscience totale nous est rarement accessible.

- Je suis d'accord avec vous sur la nécessité de se dégager de la dualité.


Merci pour la description personnelle du processus méditatif.

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spyro
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   Posté le 18-07-2012 à 21:36:27   Voir le profil de spyro (Offline)   Répondre à ce message   http://www.politiquesocial.fr.ht   Envoyer un message privé à spyro   

Etat d esprit

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Quand le tonerre gronde,l oreille vibre
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   Posté le 18-07-2012 à 21:42:14   Voir le profil de Voyageur (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Voyageur   

Bonsoir Spyro,


Bien souvent vos messages me troublent.
Encore une fois, vous me surprenez.
Quel magnifique poème.
Je le lis, m'arrête, le relis, j'écoute les mots qui se font lire, je souris.
Je l'ai apprécié pour ce qu'il est.

Pourtant, il y a une phrase qui m'a gênée :
"Les contraires,a une solution,faire le jeu des homme"
Je doute que cela soit une bonne solution.

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TaoTheKing
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   Posté le 19-07-2012 à 11:54:50   Voir le profil de TaoTheKing (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à TaoTheKing   

Vous mélangez tout.

Le non être n'a rien de plus à voir avec la méditation que le pipi, la bouffe, le sommeil, l'activité ou l'inoccupation.
Ce n'est ni de l'oisiveté, ni "ne pas être". Le non être est un état d'esprit pour employer une expression de spyro, passager, limité dans le temps.

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J'ai dit !
spyro
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   Posté le 19-07-2012 à 14:30:05   Voir le profil de spyro (Offline)   Répondre à ce message   http://www.politiquesocial.fr.ht   Envoyer un message privé à spyro   

Je ne disait pas les contraire est une solution
Juste des contraire a une solution soit la solution le contraire des contraire
Le jeu des hommes et de choisir un contraire ou deux contraire dans faire une solution et ainsi en faire son concept sa voie son but,son obsesion qui lui sert de principe


Edité le 19-07-2012 à 14:33:14 par spyro




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   Posté le 19-07-2012 à 15:57:38   Voir le profil de TaoTheKing (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à TaoTheKing   

et vice versa.

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J'ai dit !
spyro
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   Posté le 19-07-2012 à 18:27:09   Voir le profil de spyro (Offline)   Répondre à ce message   http://www.politiquesocial.fr.ht   Envoyer un message privé à spyro   

Si le meilleur cerceuil reste la memoire des gens
Je joue le philosophes pour entrer dans la legende
Si ne pas etre c est l oublie dans le temps du soi
Je reste moi face aux regard des gens

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Quand le tonerre gronde,l oreille vibre
TaoTheKing
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   Posté le 19-07-2012 à 20:00:39   Voir le profil de TaoTheKing (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à TaoTheKing   

Le regard des autres n'a aucune importance.
Philosophiquement parlant, bien sur.

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J'ai dit !
Sieg
:)
Sieg
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   Posté le 19-07-2012 à 20:10:28   Voir le profil de Sieg (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Sieg   

Salut voyageur,

Lorsque l'image de soi (image socioculturelle et intellectuelle) est abandonnée, ce qu'il reste est la Réalité Ultime. Rien d'autre. Il n'y a alors ni être ni non-être, ni éveil, ni non-éveil, ni conscience personnelle, ni conscience impersonnelle.
Lorsque cesse l'identification ou ce "être emporté par" il n'y a plus ces dualités que l'on entretient par commodité intellectuelle, il y a seulement l'acte d'observation transparent, il n'y a plus "personne qui se prend pour".



Citation :

La description personnelle du processus méditatif.


La méditation est une méthode incroyablement efficace qui permet la décantation de la pensée ordinaire, où l'on observe l'impermanence de l'esprit, où les commentaires tombent, ... , mais aussi où on observe que le chat miaule ^^ Méditer c'est reconnaître le lieu de la joie tranquille.

Bon voyage.

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Pas de sainteté, rien de sacré
Voyageur
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   Posté le 19-07-2012 à 21:44:48   Voir le profil de Voyageur (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Voyageur   

Salut Siegfried,

Merci !

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